Le 11ème congrès de pneumologie de langue française se tient actuellement à Lyon avec une place importante consacrée au sommeil. Les pneumologues s'intéressent aux apnées du sommeil. Ils sont de plus en plus nombreux à se former à ces pathologies et prennent conscience de l'aspect pluridisciplinaire de la médecine du sommeil. Donc de la nécessité de travailler avec des neurologues, psychiatres, ORL et bien sur, avec le médecin généraliste qui est en contact direct avec le patient. D'où l'intérêt des réseaux comme le Réseau Morphée.
Mais ce congrès est au coeur d'une autre actualité qui marque une évolution de notre société vis-à-vis du tabac. Fumer est un comportement qui renvoie à des déterminants complexes psychologique (anxiété, besoin de réassurance, image de soi...), sociologique (tabac= maturité, force tranquille, partage, appartenance à une communauté...) et physique (dépendance chimique créée par la nicotine, sevrage lié au manque). L'image du fumeur est en train de changer. Les jeunes y sont particulièrement sensibles.
La cigarette fait moins d'adepte mais l'évolution des comportements n'est pas aussi idyllique qu'on le voudrait. Et les pneumologues s'inquiètent de ce qu'ils observent. Tout d'abord les jeunes fument plus de joints. Or un joint est nettement plus toxique qu'une cigarette ! Dans une grande étude menée à l'échelle européenne dans le cadre de la campagne Help, 55 000 mesures de CO (oxyde carbonique) ont été pratiquées chez des sujets qui avaient fumé du tabac ou du cannabis. Cela a permis d'établir que, comparativement à une cigarette manufacturée, un joint de résine de cannabis délivre quatre fois plus de goudrons et près de dix fois plus de CO. Les taux sont, de fait, quasiment les mêmes que pour une cigarette confectionnée avec du tabac à rouler. Des tests réalisés par le laboratoire national d'essai (LNE) pour « 60 millions de consommateurs » au moyen d'une machine à fumer, et dont les résultats ont été publiés en avril 2006, ont fourni des mesures similaires, montrant que, en termes de toxicité, fumer trois joints équivaut globalement à fumer un paquet de cigarettes.
Autre tendance, la vogue des bars à chicha. Comme le souligne le Pr Bertrand Dautzenberg, en partie sous l'effet des campagnes anti-tabac, la cigarette est de plus en plus regardée comme un produit «sale », car polluant, la chicha (narguilé, pipe à eau...) est présentée par ceux qui cherchent à promouvoir son utilisation comme une nouvelle manière de fumer le tabac plus écologique, donc plus « saine ».
L'enquête européenne Help a montré que, si l'on classe les différents types de consommateurs de tabac en fonction de leur moyenne d'âge, les plus jeunes fument le narguilé, alors que, l'âge augmentant, la faveur va successivement au cannabis, à la cigarette à rouler, à la cigarette industrielle et, enfin, aux cigarillos et cigares.
De fait, la plupart des fumeurs de chicha n'ont nullement le sentiment de consommer un produit toxique, et l'on peut dire que, s'agissant du degré de méconnaissance des risques encourus, la situation actuelle est assez comparable à celle qui prévalait, il y a cent ans, pour la consommation de tabac.
L'argument avancé par les promoteurs des bars à chicha est que, en circulant dans l'eau du narguilé, la fumée du tabac est filtrée et, donc, débarrassée de ses produits toxiques. Or, s'il est vrai que, du fait de son humidification, la fumée est un peu moins irritante pour les voies respiratoires (d'où l'impression d'innocuité) et que la nicotine est en partie retenue, en revanche, les particules de goudron et le CO ne sont nullement retenus par l'eau.
Des mesures ont été effectuées, qui montrent qu'une bouffée de chicha représente plus de 750 ml de fumée, soit plus que l'équivalent de la consommation d'une cigarette entière (environ 15 bouffées). Alors que le volume de fumée produit varie entre 0,5 et 1 litre pour une cigarette, il oscille entre 30 et 50 litres pour le narguilé en fonction du temps passé et du nombre de fumeurs.
De tous les modes de consommation du tabac, le narguilé est celui qui génère les taux de CO les plus élevés : ces derniers sont de l'ordre de 30 à 40 parties par million (ppm), ce qui équivaut à la consommation d'un à deux paquets de cigarettes. Cela tient au fait que la combustion du tabac est moins complète qu'avec une cigarette, car elle s'effectue à une température beaucoup plus basse (de l'ordre de 400 °C, contre 850 °C).
Il n'y a pas encore d'étude sur l'effet de la chicha sur le sommeil...Mais on y pense...
Samedi 3 février 2007
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Par S.Royant-Parola
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