Compter les moutons ? Technique précurseur de la thérapie comportementale, elle a montré ses limites. Non ! Plus sérieusement, combien de mesures notre Ministre de la Santé, Xavier Bertrand va-t-il annoncer pour mieux dormir dans notre pays...
Réponse lundi !
La médecine du sommeil va faire un bond en avant, avec j'espère, nous espérons tous, des conséquences à terme sur la santé de nos concitoyens.
Une histoire...
Mais pourquoi a-t-il fallu tant de temps, tant de combats depuis 35 ans pour que la médecine du sommeil apparaisse comme une spécialité médicale émergente ?
Depuis 150 ans, le sommeil, les rêves, les rythmes biologiques ont toujours intéressé les chercheurs et les médecins en France. De 1850 à 1950 des pionniers comme Maury, Gélineau, Pieron, Lhermite, ont permis de comprendre les bases physiologiques du sommeil et des rêves. L'organisation du sommeil a progressé, dans les années 50, grâce aux travaux de Dement et Kleitman aux USA qui montrent que le sommeil est entrecoupé de phases d'activité rapide corticale avec mouvements oculaires qu'ils interprètent comme la résurgence périodique du sommeil léger. Ce n'est qu'après la publication en 1959 de Michel Jouvet et au terme d'un long débat en 1963 au cours d'un Symposium International du CNRS à Lyon, que le concept des deux états de sommeil, sommeil lent et sommeil paradoxal, fut enfin adopté.
Côté clinique du sommeil, les connaissances ont avancé plus lentement. L'insomnie, connue depuis la nuit des temps était essentiellement rattachée aux aléas de la vie et aux soucis. La somnolence qui a beaucoup intrigué nos internistes, restait un symptôme mal identifié entre fatigue, paresse et hystérie, exception faite pour le syndrome de Gélineau (la narcolepsie) qui a été décrit en 1880 et le syndrome de Pickwick (du nom du personnage Joë fort bien campé par Charles Dickens dans Journal de Monsieur Pickwick) qui associe une obésité, un ronflement et une somnolence majeure. Dans les années 60-70, l'école de Montpellier, avec Pierre Passouant a été très active, en particulier pour préciser les différents aspects de la narcolepsie. Les apnées ne sont identifiées comme un syndrome particulier qu'en 1976 par Christian Guilleminault. Depuis, la classification Internationales des Troubles du Sommeil ne comporte pas moins de 74 troubles du sommeil spécifiques (insomnie, troubles respiratoires au cours du sommeil, hypersomnie, troubles des rythmes circadiens, parasomnies, en rapport avec des troubles moteurs, autres troubles, et troubles du sommeil de l'enfant).
Des résistances...
La réalité du syndrome d'apnées a été longtemps niée dans le milieu médical et encore plus par notre système d'assurance maladie, laissant penser qu'un petit groupe de médecins essayait de créer des maladies pour se faire une place au soleil. J'exagère à peine ! Juste pour l'anecdote et pour préciser le contexte, en 1986, je me souviens d'un patient qui avait un syndrome d'apnées sévère et qui nécessitait un traitement par ventilation nocturne, traitement à l'époque fort couteux. Une demande de prise en charge à 100% est alors engagée. Refus. J'appelle le médecin de la sécurité sociale. Celui-ci me répond que je ne peux faire valoir cette demande car elle ne concerne pas une maladie chronique. Devant mon étonnement il me précise que cette pathologie ne survenant que la nuit, elle est de fait intermittente ! Ceci étant, l'histoire se termine bien, car après discussion, j'ai pu l'informer, lui expliquer ce qu'était le syndrome d'apnées et il a accepté de prendre en charge le patient à 100%. Actuellement avec le syndrome des jambes sans repos, nous voyons les mêmes résistances apparaître. Avec une négation de la pathologie. Ainsi l'année dernière, la célèbre revue médicale « Prescrire » soutient qu'il n'y a pas de preuve pour en faire un syndrome en omettant des articles fondamentaux, ce qui est très étonnant pour une revue de ce niveau. Pourtant c'est un trouble qui mine la vie d'une manière sévère à 2% de nos concitoyens !
Des mesures....
Alors vivement lundi, pour qu'on en sorte ! Qu'il y ait enfin un vrai enseignement du sommeil et de ses pathologies dans les facultés, que les services disposent de moyens pour accueillir les patients en errance, que les instituts de recherche disposent de programmes et d'équipes dédiés au sommeil, qu'un travail d'information et d'éducation soit mis en place au niveau national. En bref qu'il y ait une reconnaissance de la médecine du sommeil !
Samedi 27 janvier 2007
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Par S.Royant-Parola
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