Par Magali Chétrit
Neurophysiologiste, psychologue clinicienne
Le nouveau NOVA dreamer est arrivé et je m’en suis réjouie. J’en résume le principe : grâce à des capteurs
infrarouges il détecte quand vous êtes en sommeil paradoxal. Il vous envoie des stimuli sonores et/ou lumineux pendant le sommeil paradoxal
devenant ainsi un dispositif ambulatoire inducteur de rêve lucide.
Ensuite, c’est à vous de bosser, si et seulement si, bien sûr, ces stimuli s’intègrent à votre rêve. Avec, parfois, une rupture dans le scénario : une lumière rouge qui survient d’on ne sait où,
et votre pauvre élaboration secondaire n’a pas le temps d’en faire quelque chose de logique, alors elle s’en sort par un ultime sursaut de rationalité en faisant dire au rêve : « Ah mais qu’est-ce que c’est que cette lumière. Bon sang mais c’est bien sûr c’est mon NOVA dreamer qui s’allume. Donc je rêve. »
Voilà.
Depuis plusieurs mois j’attendais avec impatience que les
lucky guys participant au congrès de l’ASD (Association for the Study of Dreams) à Hawaï aient bien voulu tester pour nous la nouvelle version du NOVA dreamer, afin que je puisse
acquérir cette merveilleuse machine à prix d’or. Lucky me, une version européenne moins chère fut mise en même temps sur le marché, appelée REM dreamer et made in Poland.
En quelques clics je commande le REM dreamer. Bien emballé dans son enveloppe à bulles le masque arrive, de facture aussi simple que prévue
par le site qui vous explique comment fabriquer le même pour 20 euros à condition d’avoir une petite formation d’ingénieur dans son balluchon et son fer à souder à portée de main. Un masque noir,
donc, comme on en trouve à la pharmacie d’en bas, avec une petite poche rembourrée de mousse cousue dessus, et le dispositif glissé dedans. Très simple d’utilisation… dès qu’on a compris comment
distinguer la molette gauche de la molette droite. Mais c’est écrit, donc il suffit de lire, au lieu de croire qu’on va comprendre tout seul.
Je positionne sur 9 : 1 pour ON, ça bipe.
Je positionne sur 9 : 0 pour OFF, flash de lumière rouge.
Quel bonheur, tout fonctionne à merveille.
Mais j’ai autre chose à faire alors je le mets de côté et le ressors quelques jours plus tard.
9 :1 pour ON, ça bipe.
9 : 0 pour OFF… ça re-bipe !
Je panique et m’affole et m’enrage. Je change de piles. Extrêmement difficiles à retirer, heureusement j’ai toujours une pince à
épiler sur moi (le fer à souder ce sera pour plus tard). La lumière ne réapparaît plus que lorsque j’enfonce la pince entre la pile et le pôle négatif. Le faux contact irrémédiable se
profile.
J’écris à Mr Hershel Pavel en anglais dans le texte :
I have a "beep" in both settings!
Is there something to do?
J’ai choisi d’écrire “something” plutôt que “anything” pour ne pas paraître trop désespérée. Je ne lui dis rien du contact
avec la pince parce que c’est un peu compliqué à expliquer (mauvaise raison) et que j’ai peur qu’il m’accuse d’avoir tout cassé.
Il me répond dans son meilleur anglais mais je traduis :
“avez-vous essayé de changer les piles?”
J’avoue, cette réponse m’agace, mes pensées secrètes ressemblent à cela : “mais enfin
y’m’prend pour qui??? Y sait pas que j’ai passé des nuits et des nuits à tout brancher toute seule - lors de nuits d’enregistrement en laboratoire de sommeil
- le patient, l’analyse automatique, et même l’analyse spectrale qui ne m’a jamais servi à rien???". Et que le premier truc qu’on vérifie
quand ça ne marche pas c’est le secteur!!! Non. Y sait pas. Y me connait pas. Calmons-nous. Donc, euh oui cher Monsieur Pavel en effet certes j’ai changé les piles et maintenant, any other
suggestion? Cette fois j’ai mis “any” parce que quand même.
Et puis… Je me suis énervée pour rien. Il suffisait d’attendre. Quoi, je ne sais pas, mais j’ai depuis longtemps renoncé à chercher une
explication à tout. Toujours est-il que j’ai eu, soudain, comme ça, de nouveau et sans préavis: le bip pour ON et la lumière pour OFF.
Je me suis fendue d’un dernier mail pour rassurer le bon Mr Pavel qui assurément n’en dormait plus.
Et c’était parti pour la grande aventure.
Je set tout ce qu’il y a à setter, j’estime mon délai d’endormissement à 30 minutes (3 clics). Je choisis la sensibilité aux REM (mouvements
oculaires rapides) par défaut, me considérant dans la norme. A ma connaissance j’ai juste pas de spindles (pourtant je dors bien) et quelques pointes, mais un SP (sommeil paradoxal) tout ce
qu’il y a de plus classique. Je prendrai juste le signal lumineux s’il vous plaît merci, non, pas de bip au milieu de la nuit, et, non, pas de réveil après le SP pour écrire mes rêves, j’ai quand
même prévu de dormir.
Je ne prends pas non plus l’option TWC (Two Way Communication), car le manuel indique que cette option est réservée aux avancés, et que je ne suis qu’une humble débutante. Plus tard, quand je
serai grande, je converserai avec ma machine, sans cesser de rêver bien sûr : avec un petit coup de REM vers le haut et vers le bas je lui dirai : merci, c’est bon, tu peux arrêter
d’augmenter l’intensité de la lumière (ou du son), message bien reçu, stop!!!
Il y a aussi le Reality Testing Button. Rien à setter, c’est juste pour les cas où vous rêvez que vous vous réveillez mais en fait non. Pire,
certains rêvent qu’ils se promènent tout nus je ne sais pas mais en tout cas avec le masque sur les yeux, au beau milieu d’un public ébahi. Et cela n’est pas très agréable. De plus, ils ne savent
plus s’ils rêvent ou non. Voire, ils se croient éveillés, les naïfs! Or le but, rappelons- nous, est de SAVOIR que l’on rêve. D’en être certain.
D’où le bouton.
Qui fonctionne sur les bases suivantes :
1. Si on est réveillé et qu’on appuie sur le bouton, le masque envoie une lumière et un son.
2. Si on dort et qu’on rêve qu’on appuie sur le bouton, le masque n’envoie rien du tout (sauf si on est en SL (sommeil lent) mais cela
n’est pas prévu par le manuel).
3. Or, il arrive rarement, dit-on, que l’on rêve d’une lumière rouge et en même temps d’un son pénible. Moi j’aurais plutôt tendance à croire
qu’on peut rêver de tout, mais admettons.
4. Donc, si l’on rêve, qu’on appuie sur le bouton et qu’il n’y a pas de bip, c’est bien qu’on rêve. Corrélativement, s’il y a un bip, c’est
qu’on est éveillé, sauf bien sûr si on fait partie de ces gens qui seraient malgré tout capables de rêver d’un bip. Donc on ne peut jamais être sûr de rêver si ça bipe. En revanche on est sûr de
rêver si ça ne bipe pas.
Vous me suivez toujours j’espère???
Je dois tout de même préciser que des rêves lucides j’en ai déjà eu. Mais depuis ma thèse et mon bouquin sur le sujet… Je n’en ai plus…
Sans doute parce que j’ai soutenu que la lucidité n’existait pas, et que je suis une personne cohérente. Mais désormais frustrée. Parce que c’est quand même bien agréable, les rêves lucides. On y
croit vraiment, qu’on est “dans” son rêve, un peu comme si on était plongé avec son corps dans un monde virtuel avec lequel on peut vraiment interagir, s’envoler à volonté, un Matrix dont vous
êtes le héros! (quoique, pour la comparaison, je vous en dirai plus dès que j’aurai décidé quelqu’un à venir avec moi au Futuroscope bavarder avec les animaux du futur).
Par ailleurs, l’on dit que (références à retrouver d’urgence !) le rêve lucide libère des cauchemars récurrents. Alors pourquoi ne
pas concocter une petite expérimentation? Hein? Pourquoi? Eh bien, à ce jour, parce que moi-même plutôt bonne pâte et fort motivée je n’ai pas supporté le masque plus d’une heure. Ça me
serre. Ça m’appuie juste là entre les sourcils et j’ai le troisième oeil très sensible, comprenez-vous? Quant à la lumière rouge qui s’allume juste avant la fin de votre délai d’endormissement
pour…. vous prévenir que vous allez bientôt vous endormir??! Je n’ai pas bien compris à quoi elle servait. Je vais relire le manuel.
…
J’ai relu le manuel. Mais j’avais raté des paragraphes ! En ce qui concerne la lumière avant de s’endormir, rien de nouveau. Donc
j’imagine qu’elle permet de régler de nouveau le délai d’endormissement si on n’est pas du tout sur le point de s’endormir.
Mais je découvre une nouvelle fonction, peut-être indispensable avant de commencer … J’avoue, je m’étais arrêtée à « put the mask and go to
sleep ». On me dit « go to sleep », je go to sleep, enfin !
Il restait donc encore un peu de lecture : le lendemain matin… On doit vérifier le nombre de fois que le masque a bipé. Parce que peut-être
qu’il a bipé trop ou pas assez, en fonction du réglage du seuil de sensibilité aux REM. Il faut donc prévoir une nuit au moins d’adaptation !
Mais je ne désespère pas.
Je vais réessayer.
À suivre, donc…
Dimanche 8 juin 2008
7
08
/06
/Juin
/2008
23:32
-
Par Magali Chétrit
9
:)
ça sert à qui, en fait ?
Morte de rire pour la description de la manip. et le "paniquage" pour cause de bip intempestifs et de mauvais ton hé, hé.
Je te rassure, j'aurai autant paniqué, sinon plus que toi en essayant de mettre en route le bastringue (je me connais, je suis capable de faire tomber en panne... une pince à sucre !)
Un gadget que je vais éviter de me procurer, si je veux économiser mon potentiel nerveux !
Bonne journée la troupe !
alors quelles nouvelles de tes essais du Nova dreamer ?
as-tu réussi à induire un rêve lucide ?
Insomn
http://insomnie.over-blog.fr/
Je poste, en décalage par rapport à l'objet del'intervention initiale.
On ne reconnaît pas sûrement de réelle fonction au rêve, celui-ci s’inscrit pourtant dans cette nature où rien n’est gratuit, où rien n’est fortuit. Or, bien que l’étude du sommeil dans le monde mobilise 4000 (quatre mille) chercheurs, en définitive seuls quelques uns d’entre eux sont concernés par le rêve. Il est notoire que cet énorme potentiel hypothético-déductif, puisque l’homme est curieux de l’homme et du monde et qu’en outre nous sommes en présence de chercheurs ès qualité, ne semble pas s’interroger sur son propre « sournois désenchantement »… ou symptomatique évitement. Il est connu cependant que l’on ne peut résoudre que les questions que l’on se pose et non pas les questions qui se posent.
Un rêve particulier pourrait-il être lié à une tension particulière ?
Mais auparavant s’il est concevable de s’interroger sur le rêve, pouvons-nous escompter d’autres réponses que transcendantes, c'est-à-dire hors de portée de l’action ou de la connaissance ? Certains rêves nous stupéfient par leur ingéniosité, d’autres ont valu deux ou trois Prix Nobel à leur auteur respectifs, l’intelligence s’y manifeste donc. Certains rêves mettent en œuvre des émotions, au point parfois d’en teinter la vie du rêveur. Si ces deux piliers, intellect et émotion, y sont présents comme dans la vie réelle, qu’est-ce qui en interdirait une étude rationnelle ?
Le rêve présente au moins deux aspects différents : il y a les rêves que je qualifierai de physiologiques et qui font partie de l’architecture du sommeil, mais il y a « en extra » les rêves laissant une trace mnésique. Sont-ils de même nature ?
On évoquera un parallèle, sans aller jusqu’à la comparaison : la respiration, la digestion, la fonction cardiaque s’exercent ordinairement quasiment à notre insu dans le silence des organes ; or ces fonctions peuvent être affectées par divers facteurs dont notre émotionnel. La personne concernée sera apte à reconnaître une modification du « cours » d’un tel organe, ce dernier exprimant généralement un « quelque chose » d’adaptatif, une tension, un travail particulier. En analogie peut-on transposer cette adaptabilité fonctionnelle au rêve-qui-se-manifeste ?
Un rêve particulier pourrait-il être lié à une tension particulière ?
Objectif : Il semble qu’il puisse exister un rapport entre une tension psychologique et la survenue de rêves. A partir des récits de rêves d’un public ciblé, mais non impliqué directement par une étude sur les rêves, il est/serait possible faire ressortir le rapport de cause à effet entre une tension particulière et d’éventuels rêves s’y rapportant.
Méthode : Une méthode statistique courante peut être mise en œuvre.
Le sevrage tabagique, le sevrage alcoolique, ou leurs prémisses, les contraintes d’un régime quel qu’il soit, sont susceptibles d’induire des rêves dans lesquels ce tabac, cet alcool, cette nourriture ou des éléments qui leur sont connexes (car un rêve n’est guère à lecture directe) entrent en scène. Par le biais des structures concernées et d’interrogatoires personnels, recueil de bilans capables de discriminer au mieux ces occurrences.
Résultats : la collecte des résultats bruts ne permet pas d’emblée de distinguer entre la tension causée par un désir, un besoin (de tabac, d’alcool, de nourriture) et la tension mobilisatrice mise en œuvre pour contrecarrer ce désir. Par contre un rapport de cause à effet peut déjà y être reconnu.
Conclusions : Un tel constat nous place inévitablement devant le « choix qualitatif » d’un rêve en tant qu’expression d’un désir ou bien d’un rêve confortant destiné à soutenir dans une passe difficile. La réponse se trouvant facilement par ailleurs. Quoi qu’il en soit la question qu’un rêve particulier est lié à une tension particulière peut ainsi légitimement se poser.
Bonjour,
m'intéressant à nouveau au "rêve lucide" (avec mille guillemets)de fil en aiguille je me suis retrouvé à prendre succinctement connaissance des travaux de Magali Chétrit et je suis retombé sur cet article qu'elle avait concocté pour Morphée.
J'aimerais bien échanger avec cette dame ; je note néanmoins son parcours et c'est plutôt par acquis de conscience que je formule cette demande, sans attente exagérée.
Sincèrement.
Amar/psychoreve
Elle lit régulièrement le blog. Donc pourra vous joindre si elle le souhaite.
Bonne journée :)
Existe-t-il un lien où l'on puisses lire/télécharger votre thèse "Approche psychanalytique du rêve "lucide" " ?
Car, apparemment, celle-ci existe uniquement en prêt (cf. http://194.254.169.27/cgi-bin/abnetclop puis effectuer une recherche sur "Magali Chetrit") !